Catégorie : Editoriaux

Arrêtez d’envoyer vos vœux dessinés par mail

Edito du n° 16 (1° trim. 2008)
Les envois de vœux de début d’année nouvelle ne cessent de croître. Mais l’arrivée d’Internet a dopé le genre, hélas en facilitant l’envoi et son coût. Hélas, parce que bien moins de personnes, notamment parmi les dessinateurs ou les utilisateurs du dessin, envoient encore leurs vœux par courrier. La plupart de ceux que nous recevons arrive par mail. Bien sûr on peut les imprimer pour les conserver, mais ce n’est pas pareil, le destin de ces vœux est de disparaître aussitôt émis. Tristesse !
Alors que jusque là les envois postaux permettaient de les conserver, les afficher, les collectionner. Certains étaient de vrais chefs d’œuvre et nombre de dessinateurs et plasticiens envoyaient même des originaux, voire des semi-originaux (chaque exemplaire imprimé étant personnalisé). Impossible désormais.
Alors nous lançons un vigoureux appel : amis qui utilisaient du dessin pour vos vœux, auteurs ou non, s’il vous plaît, arrêtez ces envois par internet ! Songez aux collectionneurs et amoureux du papier ! Préservez ce patrimoine populaire ! Nous voulons vos vœux sur papier, afin de les garder en vue de notre Centre International de l’Imagerie Populaire, du Dessin Imprimé et du Patrimoine sur Papier. Pour vous, ce sera une première contribution à ce projet ambitieux dont, comme dit l’autre,  » le besoin se fait généralement sentir ». Merci.
Edito du n° 16 (1° trim. 2008)

Experts ?

Edito du n° 13 (2° trim. 2007)
On est parfois surpris dans les ventes d’art populaire par la méconnaissance de certains experts. Et des commissaires-priseurs. Cela se sent souvent à la lecture des catalogues, mais aussi pendant la vente lors de la présentation des œuvres. Tant d’artistes dont l’expert ne connaît pas le nom, l’orthographie mal, inverse nom et prénom ou auteur et héros, prend une signature pour un patronyme, ne distingue pas un faux (ou le cautionne ?), ne peut signaler ses dates de naissance ni de mort qui pourtant figurent dans tous les usuels, ne connaissent pas l’origine des œuvres, attribuent une BD de série à son auteur le plus connu même si c’est un assistant ou repreneur, etc. Dans la même vente récente on a vendu des BD de dessinateurs nommés Tufts Warren [Warren Tufts] ou Rmas [Roger Mas]. Les œuvres, puisque non identifiées, y sont rebaptisées en dépit du bon sens. Verrons-nous bientôt « jeune homme en culotte de golf à la coiffure en houpette » pour désigner Tintin ?
Cela laisse une désagréable impression d’amateurisme, qui ne serait pas admis pour les œuvres plus « nobles » dans l’histoire de l’art. L’art populaire semble si peu important à leurs yeux qu’on se demande pourquoi ils en vendent. Lors d’une vente de dessins de presse du XIX° siècle, le commissaire a insisté souvent sur le côté « mineur » de ces œuvres, en réalité majeures pour certains artistes. Par ailleurs, les expressions admises par tous aujourd’hui ne semblaient pas être connues de lui et il s’est obstiné à vendre des « planches de vignettes à trame narrative » (!) et non des « bandes dessinées », comme des dessins séparés des autres sur une même feuille.
Il y a pire, comme l’a constaté un d’entre nous lors d’une vente récente de dessins de presse du XIX° et début XX°. Les commissaires-priseurs étaient connus, les experts étaient experts, la salle légendaire. Récit.
La veille, un lot a attiré notre attention. Anonyme, il est attribué, selon une tradition stupide, « école moderne ». Il date vraisemblablement de 1931, la coupure jointe du Journal des mutilés et combattants où il est paru en faisant foi. Le dessin et la coupure avaient été placés sous vitrine. Des poilus, en rangs plus ou moins serrés, le fusil à la bretelle, marchent sur un chemin enneigé. Un chien les accompagne. Ils s’en vont relever leurs camarades un jour de Noël. Nous sommes en rase campagne. La pente dévale légèrement. Le paysage vallonné est aussi nu que blanc. Une ferme fume en contrebas. On sent le froid qui transperce les capotes. Ils sont seuls sous le firmament, mais font corps. L’un retient notre attention. En retrait de ses compagnons, il prend appui sur une béquille pour suivre le train, non sans peine. Il fume la pipe.
On aime ce dessin, cette coulée humaine sombre, harnachée, casquée, sur ce manteau blanc. On souhaite l’acquérir. On l’observe attentivement. Et là, l’incroyable saute aux yeux : l’encre (de Chine) sèche encore sous la vitrine, comme un petit crime, encore chaud, opéré dans le dos de ces soldats sur papier. On convoque un représentant de l’étude afin de lui mettre le nez dessus et recevoir des explications. L’homme, un brin hautain, mais gêné aux entournures, ne s’attarde guère et retourne à sa table. Le déranger pour si peu, vous n’y pensez pas ! Nous décidons au retour, afin de marquer le coup, d’adresser un courriel à l’attention de l’expert responsable du lot avec copie à sa consœur. Nous attendons toujours une réponse…
On le voit, la libéralisation de cette profession n’a pas accru sa déontologie…
Edito du n° 13 (2° trim. 2007)

Les gravures ont des auteurs !

Editorial du n° 12 de Papiers-Nickelés (1 trimestre 2007)
Il existe une pratique très répandue dans la presse, voire l’édition — pour ne pas parler de l’audiovisuel. On y utilise souvent des gravures anciennes pour illustrer tel ou tel propos, ce qui, en soi, est une bonne idée. L’ennui est que ses auteurs (auteur unique ou tandem dessinateur/graveur) ne sont jamais mentionnés.
On pourrait comprendre quand cette gravure n’est pas signée, mais elle l’est pratiquement toujours. Un ou deux noms figurent parfaitement, souvent très lisibles, sur le document utilisé, en général non pas la gravure elle-même mais une reproduction fournie par une officine de clichés.
Cela pose un premier problème : si ces signatures ne sont pas vues par les utilisateurs, c’est qu’elle ne sont pas lues. Parce que la gravure est alors utilisée comme décor non comme œuvre ; elle fait joli, c’est tout. Cela pose un second problème qui tient au mépris généralisé pour les créateurs d’images de la part des médias, grands et petits.
Mais cela pose aussi un troisième problème car, la plupart du temps, un crédit figure en bordure de la reproduction. Il y a le « Domaine Réservé », le fameux « D.R. », qui met de côté les droits en cas de réclamation d’un ayant-droit. Mais plus souvent il y a bien un copyright exprimé clairement : celui de l’officine fournisseuse du cliché. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle ne signe pas l’œuvre reproduite, mais bel et bien le cliché, donc la reproduction initiale, de celle-ci. C’est un peu comme si dans une exposition de peinture ne figurait que le nom de l’encadreur, pas celui du peintre (il existe un magnifique dessin de Sempé sur le sujet). On peut donc se poser la question du rôle exact du graveur dans cette affaire : son œuvre rapporte au journal, au clicheur, mais rien à l’artiste, pas même la reconnaissance de son travail.
Illustrons ces propos d’un exemple probant, découpé dans le Nouvel Observateur du 3 mars 2005, dans un article consacré à l’esclavage des Noirs. La gravure en question est datée (1834), elle est créditée au nom du vendeur du cliché (la célèbre collection Jonas-Kharbine-Tapabor), elle est légendée… comme « gravure anonyme ». Cela ne manque pas de sel car la gravure n’a rien d’anonyme;  elle parfaitement signée, par son dessinateur Y. Ollier (la mention « inv. » pour « inventor » indique l’auteur du dessin d’origine) et par son graveur V. Duplat (la mention « sc. » indiquant le « sculptor », celui qui grave effectivement le dessin d’origine dans la plaque de cuivre ou le bois). Comment peut-on les ignorer ? Il n’y a au Nouvel Obs’ personne qui sache lire une image ? Ni le rédacteur de l’article, ni le maquettiste, ni le directeur artistique, ni le rédacteur en chef, ni le secrétaire de rédaction ? Ce n’est qu’un exemple parmi mille, dans tous les supports, et cette pratique que nul ne dénonce est devenue la règle.
Les sociétés chargées de la protection des droits matériels des artistes sont aussi garantes de leur droit moral qui ne s’éteint jamais, même comme ici pour des artistes tombés dans le domaine public. Jamais elles ne sont intervenues en ce domaine, alors qu’elles savent parfaitement s’abattre comme les plaies d’Egypte sur les malheureuses revues de critique ou de patrimoine, voire les fanzines, dès lors qu’une reproduction sans autorisation a été faite. Nous en avons parlé dans notre édito du n° 4, à propos du retour au système du « droit de citation graphique » que nous appelions de nos vœux. Nous ne désespérons pas de parvenir à un retour au système antérieur, où un tel droit était admis par la jurisprudence. Ce droit de citation qui était parfaitement défini, a été balayé sous la pression de ces sociétés, fort utiles par ailleurs, mais parfois inégalement efficaces à protéger réellement droits des créateurs. Comme dans le cas de ces gravures « anonymes » qui ont pourtant des auteurs.

Pour un droit de citation graphique

Éditoriaux des n° 4 et 17
Nous avions prévu de mettre en couverture de notre précédent numéro le dessin figurant en page 15, un inédit en couleur de Félix Lorioux que notre collaborateur Benoit Marchon avait déniché, dédicace à une amie du dessinateur. A part elle et Marchon, nul ne connaissait ce dessin. Superbe couverture choisie par nous pour attirer l’attention sur un des grands oubliés de l’illustration, jamais réédité, jamais commenté, mais très recherché par une poignée de fidèles.
Depuis sa mort en 1964, qui s’est jamais préoccupé de Lorioux ? Ses héritiers nous sont inconnus. Ils ont confié la gestion de l’œuvre à une société d’auteurs plasticiens, l’A.D.A.G.P. Respectueux du droit des créateurs, nous nous sommes empressés de prendre contact pour vérifier qu’il n’y avait pas de problèmes de reproduction. Il n’y en avait pas. Il suffisait de… payer, pour la seule couverture, une somme équivalente au tiers du coût du journal. Après négociation, nous sommes revenus à une somme raisonnable, avec interdiction d’utiliser en couverture ce dessin (inconnu jusqu’ici de l’A.D.A.G.P.) Nous avons changé de couverture et passé le dessin à l’intérieur.
Tous nos collaborateurs (y compris Anne Delobel notre talentueuse maquettiste) sont bénévoles. La revue est financée par ses abonnés, ses achats au numéro, l’aide du Centre National du Livre (merci encore), des publicités spécialisées et les adhésions à l’association. Il est exclu pour une revue précaire de payer des droits de reproduction. Quelques dessinateurs vivants l’ont bien compris, qui nous ont offert gratuitement des contributions et des couvertures (merci à Gourmelin pour ce numéro), sachant que notre revue n’est pas une entreprise commerciale et fait connaître ou redécouvrir des artistes oubliés ou peu connus. Depuis 40 ans qu’il n’est plus de ce monde, nul ne parle plus jamais de Lorioux, ni de Somm, ni de Avelot, ni de Thomen, ni de tous les autres, si ce n’est quelques revues confidentielles qui entretiennent la flamme. Reproduire un artiste oublié en couverture ne fait pas « vendre », au contraire. Nous sommes d’intérêt public et c’est d’abord aux créateurs que ces revues rendent service. Faudra-t-il dresser la liste des dessinateurs dont nous ne pourrons parler dans Papiers Nickelés, faute de moyens ?
En effet, la jurisprudence a évolué. Autrefois une extension du « droit de citation » existant en littérature était admise. On pouvait citer une (ou quelques cases) d’une B.D. sans être astreint à une demande d’autorisation et une rémunération des ayants-droit. Il fallait naturellement bien indiquer auteurs, titres, éditeurs, etc. Ce n’est plus possible aujourd’hui et la règle est que pour toute reproduction de dessin, même une simple case de B.D., vous devez disposer d’une autorisation écrite de chaque auteur, de l’éditeur et tous ceux pouvant prétendre à un droit sur le dessin, et les rémunérer au tarif prévu. L’autorisation est obligatoire même si vous obtenez une utilisation gratuite. Il n’y a plus de droit de citation en matière de dessin ou de musique. Bien des ouvrages sortis il y a 20 ans seraient simplement impubliables aujourd’hui.
Les revues et fanzines ayant le souci, comme nous, de faire les choses légalement devraient consacrer un temps considérable (et des permanents) à simplement chercher les personnes, les coordonnées, obtenir une réponse. Beaucoup d’auteurs ne sont pas représentés par l’A.D.A.G.P. ou la S.A.I.F, sociétés concernées — qui n’ont pas le droit de fournir la liste de leurs auteurs. Cela veut dire clairement que les petites revues et les fanzines ne peuvent plus travailler. Si ce travail se fait encore aujourd’hui, c’est dû au fait que les dessinateurs eux-mêmes ignorent cette législation ou qu’ils laissent faire.
Laxisme dangereux. Pensant avoir le droit de reproduire librement, les revues peuvent subir un procès coûteux d’un auteur grincheux, un héritier avide ou une société indifférente à la qualité du travail critique. Une de nos meilleures revues a failli l’an dernier disparaître à cause de cela, alors qu’elle reproduisait librement, sous forme de « citations », depuis 20 ans.
Comme le montrent diverses affaires récentes autour de Hergé, un ayant-droit peut décider d’accepter d’ »aider » un travail critique par son autorisation tout en refusant cette aide à un autre. Choisir qui peut parler d’une œuvre ou non. C’est une évolution extrêmement grave qui peut tuer toute critique et tout travail patrimonial. La TV a connu, avant le dessin, cette évolution : aujourd’hui, il n’y a plus d’émission critique, que des plateaux de « promotion ». Dans le dessin, de nombreux « articles » ne font déjà que reproduire le « prière d’insérer » concocté par les attachées de presse, illustré par la couverture du livre avec cliché fourni. L’éditeur contrôle ainsi tout ce qui s’écrit à propos d’un ouvrage, le « critique » a disparu. Au contraire, à Papiers Nickelés nous parlons vraiment des œuvres, y compris celles qui ne sont pas d’actualité.
Cette évolution jurisprudencielle s’est faite insidieusement, sous influence anglo-saxonne et des nouvelles pratiques d’ayants-droit. Alors que les titres sur Hergé se multiplient, on regardera avec intérêt la différence entre les livres critiques de son œuvre (ou qui attirent l’attention sur des points non orthodoxes) et ceux plus « dans la ligne » souhaitée par les ayants-droit. Les premiers n’ont pas été autorisés à reproduire des images (et se vendront mal), les autres si. Oui, ce contrôle de la critique et de la recherche par les ayants-droit est grave. Dans la littérature ou le cinéma, beaucoup d’ayants-droit ont tenté d’imposer leur vision d’une œuvre familiale : la sœur de Rimbaud et son mari voulurent en faire un catholique ; la veuve de Jules Renard brûla des pages de son Journal où il se révélait cavaleur ; l’époux d’une comédienne racheta toutes les copies d’un film où elle se dénudait pour le détruire ; etc. Cette tentation d’imposer à jamais sa vision de l’œuvre d’un proche est fréquente, c’est pourquoi il faut recommander aux créateurs de ne pas laisser gérer leur œuvre par ceux qui en tirent profit financier ou y ont un intérêt familial.
La critique, la recherche doivent être libres. Chacun doit pouvoir écrire ce qui lui plaît d’une œuvre. A l’Histoire, au public, aux amoureux de cette œuvre d’accepter ou non telle ou telle théorie, même farfelue. Chacun doit aussi pouvoir répondre à cette théorie, librement. C’est la une double liberté fondamentale.
C’est pourquoi les sociétés d’auteurs, notamment ceux décédés depuis longtemps et qui ne sont plus là pour dire ce qu’ils pensent, devraient adopter une charte (nous sommes prêts à l’écrire avec elles) autorisant la citation en matière graphique, aux mêmes conditions que les citations littéraires (œuvre courte, divulguée, mention de la source, sans atteinte au droit moral, et être « justifiée par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elle est incorporée »). Les dessinateurs pourraient l’adopter, afin que les choses soient claires.
C’est à ce prix que le dessin imprimé pourra entrer définitivement dans la catégorie des moyens d’expression adultes. Nous appelons donc à la rédaction d’une telle charte et réclamons le retour d’un droit de citation graphique afin de sauver la critique, l’histoire et la recherche en matière de dessin imprimé sur papier.
La rédaction de Papiers Nickelés
Éditorial du n° 4

Droit de citation :retour à la raison ?
Papiers Nickelés s’était ému dans son éditorial du n° 4 sur l’évolution jurisprudentielle concernant le droit de citation. En effet, celui-ci avait brutalement réduit par la cour de cassation aux citations exclusivement littéraires et l’interdisant dans les autres domaines, notamment graphique. Impossible, en théorie de citer la moindre image, même une simple case de BD, sans autorisation des ayants droit (auteurs, éditeurs, héritiers, agences) ni payer les droits afférents. D’où des dérives, que nous avions dénoncées, à contre-pied de la tendance générale de la profession.
Ce fut un désastre pour les fanzines, la recherche, la critique. Les rubriques consacrées au dessin se raréfiaient et si les rédactions devaient de surcroît payer des droits, elles préféraient arrêter carrément d’en parler. Les éditeurs fournissaient en échange aux journalistes, avec les dossiers de presse, des images « libres de droit » (autrement dit à passer obligatoirement, mais pas les autres), la couverture en général, imposant ainsi une vision de l’œuvre à la place du chroniqueur. La critique s’estompa au profit du calamiteux « compte-rendu d’albums » (destiné uniquement à assurer des services de presse au chroniqueur transformé en publicitaire). Certains ayants droit exercèrent alors une véritable dictature sur les ouvrages, empêchant certaines parutions (par exemple en refusant toute reproduction d’images), au profit d’autres plus complaisantes avec la vision qu’ils voulaient imposer de certains auteurs. Des sociétés d’auteurs se transformaient en pur tiroirs-caisse, ne se préoccupant ni de l’intérêt de l’œuvre ni de celle de l’auteur, pour s’en tenir à une compatibilité strictement financière, indifférentes au contenu qui leur avait été confié (nous en avons été victimes). Au point que nous avons tous, comme nos confrères, une liste d’artistes dont nous ne pouvons pas parler, car les ennuis afférents sont automatiques (les auteurs anglo-saxons notamment).
C’est donc avec beaucoup d’attention que nous avons accueilli la récente (12 octobre 2007) décision de la cour d’appel de Paris dans une affaire concernant la photographie. Newlook avait publié des photos en illustration d’un article, et Entrevue en avait repiqué une en petit et en mentionnant l’origine. Procès pour contrefaçon. Entrevue a revendiqué la « citation ». La cour d’appel avait jugé en février 2005 « la reproduction d’une photographie sous forme de vignette avec un champ de vision plus large, accompagnant d’autres photographies (…), peut être qualifiée de courte citation puisqu’elle sert à illustrer en s’y incorporant un texte critique et polémique ». Décision cassée par la cour de cassation en novembre 2006 qui estimait, elle que « la reproduction intégrale d’une œuvre de l’esprit, quel que soit son format, ne peut s’analyser comme une courte citation ». Affaire renvoyée donc à la cour d’appel de Paris, qui a tenu bon sur sa position première.
Surtout, elle se réfère à la directive européenne du 22 mai 2001, désormais applicable en France bien que non encore transposée, qui prévoit, comme autrefois notre droit, une exception « lorsqu’il s’agit de l’utilisation d’œuvres ou d’autres objets protégés afin de rendre compte d’événements d’actualité, dans la mesure justifiée par le but d’information poursuivi et sous réserve d’indiquer, à moins que cela ne s’avère impossible, la source, y compris le nom de l’auteur ». La cour ajoute « rien ne permet d’exclure les œuvres graphiques du champ de l’article (…) et de reconnaître à la reproduction de l’œuvre, fut-elle intégrale, la qualité de courte citation dés lors qu’elle répond à un but d’information ».
C’est le retour à la règle ancienne, qui a donné si longtemps satisfaction à tout le monde, qui réservait ce droit de citation aux travaux sur une œuvre ou un auteur (actualité, recherche, histoire, patrimoine), à condition de mentionner le nom des auteurs, de l’éditeur, de l’ayant droit, ou le célèbre « D.R. » quand on l’ignorait. C’est très exactement ce que Papiers Nickelés revendiquait. Et désormais appliquera.
Édito du n° 17 (2° trim. 2008)

Plaidoyer pour la « Petite Imagerie »

Édito n° 3 de Papiers-Nickelés (troisième trimestre 2004)
La plupart du temps, ces œuvres ne sont pas déposées à la B.N.F (pas même au Cabinet des Estampes). Pire, souvent elles ne sont ni lues ni même regardées. Elles passent pourtant entre toutes les mains, reproduites à un nombre d’exemplaires dont bien des artistes de l’image rêvent. Entre nous, nous avons pris l’habitude, faute de mieux, d’appeler cela la « petite imagerie », le mot « petite » n’étant pas dans notre bouche péjoratif mais bien affectif. Certains d’entre nous les collectionnent, à commencer par notre président, qui en a des mètres cubes. Bientôt nous les exposerons.Œuvres de grands artistes ou d’inconnus, confiées au petit voisin doué ou au grouillot d’imprimerie, au maquettiste ou à l’élève des Beaux-Arts du coin, la plupart ne sont pas signées. Naïves ou étonnantes, ratées ou racoleuses, elles sont simplement des œuvres dessinées, imprimées sur papier. A Papiers Nickelés, nous refusons toute hiérarchie imposée. Ou plutôt, chacun a la sienne, contradictoire avec celle du voisin. C’est seulement ainsi que peuvent progresser la recherche et le savoir, mais aussi le plaisir.
Bénis soient les collectionneurs, parfois au bord de la folie furieuse, mais qui ont conservé ce que nul n’a conservé parmi les chargés du savoir, de la culture et du patrimoine. Grâce à ces amateurs sans diplôme, elles restent accessibles. Car ces œuvres qu’on dit « mineures » (depuis trop de temps pour qu’elles ne soient désormais devenues majeures comme les autres), en disent autant sur une époque, une société, une idéologie dominante, que les œuvres dites « majeures », dites « d’art » (ce mot affreux quand il est employé pour exclure de l’art ce qui n’est pas « reconnu » — et qui a exclu si longtemps des pans entier de notre culture).
Aussi, nous les collectons, nous les conservons, nous les archivons, nous les défendons. Dans notre revue, nous les traiterons comme des albums de B.D. ou de dessin d’humour, comme les affiches ou les gravures, normalement, quoi. D’ailleurs, déjà, Jacques Bisceglia vous a parlé d’images de chewing-gums, Laurent Mélikian de buvards ou de partitions de musique. Vos articles sont bienvenus. Ce n’est qu’un début, continuons le combat.
Y.F.

A titre d’exemple, un premier classement répertoire de cette « petite imagerie » ci-dessous. Chacun est invité à le compléter.
Imagerie alimentaire– emballages, boîtes en carton & sachets

* boulangerie, pâtisserie & confiserie

* fruits & légumes

* beurre-œufs-fromage

* boucherie & charcuterie

* alimentation diverse
– étiquettes

* boulangerie, pâtisserie & confiserie

* fruits & légumes

* beurre-œufs-fromage

* bouteilles, canettes & flacons

* caisses & barquettes

* alimentation diverse
– blagues de papillottes & bonbons– images à collectionner et leurs albums (chocolat, biscuits, chewing-gums, etc.)
Imagerie hôtelière– menus– additions et notes– nappes & serviettes– sous-bocks– panonceaux hôteliers (« do not disturb », lustre-chaussures)– sachets hygiéniques & papiers toilette
Imagerie postale– calendriers– cartes de visite– papiers à en-tête– faire-part– cartes de vœux– cartes postales– enveloppes– timbres– flammes– mail art
Imagerie administrative & institutionnelle– affiches, affichettes & avis– bons– cartes de membre– diplômes & certificats– formulaires– laisser-passer– tampons
Imagerie scolaire– bons-points & images– protège-cahiers– bulletins scolaires– buvards– diplômes scolaires & universitaires
Imagerie militaire– diplômes & certificats militaires– formulaires– tampons– affichettes, avis & instructions– cartons « bon pour le service »– armoiries & blasons
Imagerie religieuse– images & affichettes pieuses– images de communion & de missel, canivets– bons-points de catéchisme– ex-voto papier ou carton
Imagerie sportive– affiches– cartes de membre– cartons d’invitation– tickets d’entrée
Imagerie bancaire & financière– billets & assignats– cartes de retrait– chèques– actions– factures
Imagerie foraine & ludique– chromos– cartes à jouer– puzzles– images de jeux à collectionner– cibles– cartons-gags– silhouettes à découper
Imagerie culturelle– littéraire

* affiches & affichettes

* ex-libris

* marque-page

* étiquettes d’éditeurs et journaux

* cartons d’invitation

* autocollants
– spectacle & événements

* affiches & affichettes

* cartons d’invitation

* programmes

* billets & tickets

* cartes d’adhérent ou de fidélité
– expositions

* affiches & affichettes

* cartons d’invitation

* billets & tickets

* cartes de fidélité
Imagerie politique & de propagande– cartes de membre– autocollants– affiches & affichettes– tracts– dépliants– bulletins de vote– formulaires– insignes en carton– tampons
Imagerie pharmaceutique & hygiénique– sachets et emballages pharmaceutiques– étiquettes pharmaceutiques– sachets hygiéniques et papiers-toilette– mouchoirs en papier
Imagerie tabagique– papiers à cigarette– paquets de cigarettes & cigares– bagues de cigares– étiquettes de boîtes et sachets d’allumettes
Imagerie publicitaire & industrielle– affiches & affichettes– publicités, tracts (flyers) & dépliants– autocollants– bons de réduction– cartes de fidélité– cartes publicitaires– logos
Imagerie diverse– papiers peints– éventails
Liste publiée avec l’édito dans notre n° 3 et actualisée.

Les deux amateurs d’estampes – Honoré Daumier

Le CIP Papiers Nickelés progresse

Papiers Nickelés Édito du n° 7 (4° trim. 2005)

Nous arrivons progressivement à faire comprendre à la puissance publique (municipale,  régionale,  nationale) l’importance,  l’urgence du projet « Papiers Nickelés », sous-titré plus clairement « Centre International de l’Imagerie Populaire,  du Dessin Imprimé et du Patrimoine sur Papier » (C.I.P. en abrégé). Même si politique et lenteur vont toujours de pair,  le projet avance. Quelques personnalités politiques s’intéressent de près à cette idée. Ne désespérons pas.

Une équipe dynamique,  autour de Nadine Cottet et Alexandre Durand, portait un projet de Bédéthèque Européenne pour le 15° arrondissement de Paris. Comme au sein du projet C.I.P., plus large, nous souhaitions un espace médiathèque, il était facile de s’entendre. Par contre, deux projets sur Paris qui ont partiellement le même objet, c’était se livrer à une concurrence contre-performante. En juin,  lors d’une rencontre entre responsables, dont beaucoup participaient aux deux projets,  nous avons décidé de fusionner nos initiatives pour n’en faire qu’une.

Le projet commun est en cours de rédaction, de façon à pouvoir reparler aux pouvoirs publics sur des bases réactualisées. Le projet sera aussi repensé en étapes, la progressivité ayant l’avantage de montrer que tous les investissements ne sont pas à faire en même temps et de réduire un budget trop abrupt. C’est le montant financier qui jusqu’ici à fait hésiter les personnes rencontrées, et c’est normal. Ce n’est pas un petit projet. Mais cela pourrait être, pour la prochaine équipe municipale parisienne, un « projet de mandature ».

Le principal problème à résoudre, celui sans quoi le reste ne peut avancer, c’est celui du lieu.  Depuis que nous avons mis au point notre projet initial, en 2000,  nous en avons évoqué de nombreux : sites vierges de construction, réhabilitation de bâtiment à l’abandon ou vidés de leur activité,  anciens hôpitaux ou administrations,  etc. Plusieurs conviennent parfaitement. Il existe des quartiers qui ont besoin d’une activité culturelle;  il existe des mini-déserts culturels dans Paris. Il existe aussi des ensembles à réhabiliter qui sont sans projets. Mais, bien sûr,  une commune comme Paris a bien d’autres sujets de préoccupation. A nous de savoir convaincre…

Papiers Nickelés Édito du n° 7 (4° trim. 2005)

Voir aussi le Compte rendu de la fête d’anniversaire des Vingt ans de l’association

Pour un Centre de l’Imagerie Populaire à Paris

Éditorial du numéro 1 de Papiers Nickelés (janvier 2004)
D’abord, l’idée est partie de constats divers : – au moment où certains emplois du papier disparaissent (évolution technologique oblige), d’autres emplois de ce papier se développent et, avec la nostalgie que la collectionnite accélère, l’intérêt pour le papier imprimé ne cesse de croître, partout dans les pays développés. Les ventes publiques (1 million de francs pour une planche noir et blanc de Franquin à Drouot) comme les prix aux Puces de vieux livres illustrés, d’anciennes B.D. ou de petits papiers colorés, montrent que cet intérêt a pris des proportions incroyables.
– de nombreux héritiers d’artistes décédés ne savent que faire des originaux de leur ancêtre, trésors qui pourrissent dans des caves ou des greniers, jamais montrés ; ou ils se résolvent, par intérêt ou manque de place, à tout disperser, tout brader dans une vente publique, voire à en faire cadeau à un organisme incapable de gérer cet apport (Effel à la S.P.A. par exemple).
– de nombreux artistes déclarent qu’ils jettent des œuvres chaque année parce qu’elles les encombrent, voire les brûlent.
– l’absence criante d’un lieu d’exposition pour l’art populaire dessiné dans la capitale est un scandale, quand on compare à ce qui existe dans les capitales européennes ou de grandes villes.
– pourtant certaines initiatives existent mais ont du mal à se monter par absence de partenariat, notamment national (où peut-on voir, par exemple, ailleurs qu’à Angoulême les grandes expositions du festival ou du C.N.B.D.I. ?).
– l’acharnement administratif à rattacher absolument les arts narratifs aux arts plastiques les occulte sans cesse. Il faut répéter que la B.D. n’est en aucun cas un art « plastique » (quoi qu’en pense Beaux-arts) mais un art narratif, comme le cinéma ou la littérature, et que les formes imprimées du dessin s’éloignent aussi des arts à exemplaire unique. Rattachés ainsi, B.D. ou dessin d’humour, illustration ou affiche seront toujours des arts mineurs artificiellement raccrochés à un art dit majeur, noble, la peinture et ses avatars. Alors que leur succès tendrait à prouver le contraire.
– un artiste d’aujourd’hui a tendance à travailler pour tous ces supports (affiche, presse, B.D., illustration, petite imagerie) mais nulle part la cohérence de ce travail n’est prise en compte.
Toutes ces observations ont conduit quelques personnes à se réunir à mon initiative depuis 1998 et à réfléchir à un projet de centre international consacré à ce domaine. Une première mouture du projet a été élaborée en 2000. Nous la désignons sous son futur sous-titre, qui a le mérite d’exprimer parfaitement ce que nous voulons, mais d’être très long. En attendant de le nommer parfaitement, nous l’appelons en effet Centre International de l’Imagerie Populaire, du Dessin imprimé et du Patrimoine sur Papier. En abrégé, C.I.P. Depuis 2001, nous avons proposé à la ville de Paris d’accueillir ce projet, certes lourd et coûteux, mais qui réunirait en un seul lieu plusieurs projets comblant des manques criants dans la capitale française.
Le domaine du projet est à la fois la bande-dessinée, le dessin de presse et d’humour, l’affiche et les publicités dessinées, l’illustration, la gravure et la « petite imagerie » (ces images que chacun a en mains et ne regarde jamais). Nous tenons à la cohérence du domaine : le dessin imprimé sur papier, et à son côté « populaire », qui le distingue du dessin d’art.
Dans ce projet (en cours de révision, pour le graduer dans le temps), seraient associés :
– une unité musée-archives assurant la collecte, la préservation, la restauration, la conservation et l’archivage (en particulier numérique) des œuvres originales, des publications, des documents des tous les dessinateurs du présent et du passé. Il permettrait la mise à disposition des chercheurs ou, passionnés, de la matière première ou des introuvables. Déjà, de nombreux dessinateurs et ayant-droits, ainsi que quelques collectionneurs débordés nous ont manifesté leur intention d’être parmi les premiers donateurs, afin d’ »amorcer la pompe ».
– une unité d’exposition et de communication au grand public des œuvres conservées ou prêtées au C.I.P. (plusieurs salles, permettant d’associer à une grande expo grand public de plus petites expos sur des créateurs ou sujets moins évidents).
– un département informatique qui comprendrait au moins le site Web du Centre donnant des informations sur les dessinateurs, les publications, les manifestations, le Centre lui-même ou tout élément concernant le domaine ; et un archivage numérique des œuvres publiées et compressées ouvert à consultation de tous via Internet, doublé après accord des auteurs et ayant-droits d’une possibilité de communication par téléchargement des œuvres autorisées.
– une unité de communication directe, comprenant une librairie spécialisée, une médiathèque spécialisée,  un kiosque à journaux spécialisé.
– un département d’édition, permettant la publication d’une revue, de rééditions, de catalogues, de carterie, etc.
– une unité de formation aux techniques, du bois gravé à l’ordinateur, principalement en direction des enfants des écoles.
– une unité d’animation, avec salle de projections, débats et rencontres.
– un département technique (réparation, sauvegarde, encadrement, emballage, etc.).
– une unité de convivialité (restauration, bar, etc.).
Tout cela n’est pas obligé de se réaliser au même moment, bien sûr, mais il est important d’avoir en tête l’ensemble du projet. Enfin, certains éléments peuvent être concédés ou associés, voire décentralisés. La forme juridique importe peu, mais le choix de l’équipe sera déterminant : des gens compétents et motivés seuls peuvent assurer la réussite d’un tel projet.
Tout cela a été budgété grâce à l’équipe initiale, où l’on compte des architectes, des librairies, des éditeurs, des dessinateurs et auteurs, des élus, des journalistes, des collectionneurs, des spécialistes et iconologues distingués. Nous sommes en pourparlers avec la Mairie de Paris et cherchons les sponsors privés indispensables à tout projet public de cette envergure. Les appuis et idées sont bienvenus.
Le projet bouclé, la petite équipe a décidé de continuer à se voir, autour d’une bouffe mensuelle, mais le nombre croissant de personnes intéressées a contraint à trouver un autre lieu que les résidences successives de l’initiateur. Ce fut d’abord au « Lotus Bleu », restaurant asiatique du 5° arrondissement, puis actuellement le « Bécassine », restaurant français du 3°, choisis pour leur nom porteurs de sens.
Nous avons sollicité le soutien des intéressés. Les dessinateurs d’abord, mais aussi les scénaristes, les coloristes, les éditeurs, les journalistes et critiques, les historiens et commentateurs, les collectionneurs, les amateurs, les conservateurs et galeristes, les bibliothécaires et libraires spécialisés, les organisateurs de festivals, les passionnés quoi qu’il en soit. A ce jour, près de 300 ont signé un texte demandant la création de ce Centre de l’Imagerie Populaire à Paris. La liste n’est pas close.
Nous avons pris une première initiative concrète : en septembre 1999 a été créée l’Association de Préfiguration d’un Centre de l’Imagerie Populaire, du Dessin Imprimé et du Patrimoine sur Papier. Elle s’est nettement élargie depuis. Présidée par Yves Frémion (écrivain, journaliste, collectionneur et élu), son secrétariat est assuré par l’éditeur et bibliothécaire Philippe Marcel et la documentaliste Agnès Deyzieux, la trésorerie par Jacques Bisceglia (critique, bouquiniste, photographe et élu), qui a succédé au critique André Igual décédé (dont le rôle a été essentiel à l’élaboration du projet). Ses vice-présidents actuels sont l’éditeur et architecte Philippe Morin, le journaliste, éditeur et webmaster Laurent Mélikian, le journaliste et collectionneur Benoît Marchon, le libraire et critique Jean-Luc Buard et l’éditeur et informaticien Alain Beyrand.
Ceux qui souhaiteraient se joindre à nous sont bienvenus. Ils recevront chaque mois le compte-rendu de la réunion précédente et la convocation à la suivante.
Nous prenons aujourd’hui une seconde initiative concrète en créant l’esquisse de ce qui pourrait être la revue du centre. Son contenu dit suffisamment ce dont il s’agit. Chacun sa marotte, son savoir, son enthousiasme, ses infos. Ce numéro 1 de Papiers Nickelés est envoyé gratuitement à tous ses membres et amis, mais aussi aux autres signataires du texte de soutien, que nous en profitons pour remercier collectivement mais chaleureusement. Votre notoriété impressionne ceux que nous rencontrons.
Le C.I.P. n’ayant pas encore de budget sinon les cotisations de ses membres, nous vous demandons de vous y abonner, pour qu’il se développe. Nous vous invitons aussi à y contribuer par vos articles, infos et documents. Et bien entendu, à adhérer à l’association, dont le but final est de se transformer en Association des Amis du Centre quand il existera. Cela vous permettra d’être prévenus nos agapes mensuelles. Merci d’avance à tous.
Vive le dessin imprimé, vive le patrimoine sur papier, vive l’imagerie populaire !
Pour le C.I.P., le Président
Éditorial du n° 1 (1er trim. 2004)
NDLR : depuis, le nom de l’association est devenu celui de sa revue : Papiers Nickelés, en gardant son sous-titre. L’équipe a évolué, certains n’ont plus le temps, bien d’autres sont arrivés, quelques uns sont morts entre temps (Igual, Rochette, Caradec). Le comité de soutien s’est épaissi. Le « Bécassine » a fermé et nous sommes retournés au « Lotus bleu », avec de rares infidélités. Le projet, lui, après avoir été annoncé par le maire (réélu) de Paris, ne semble guère avancer… et sinon sans nous, car nul ne nous a jamais recontactés. Nous le concevons nous-mêmes comme moins ambitieux, enfin, plus étalé dans le temps en tout cas. Mais nous ne baissons pas les bras.

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Arrêtez d’envoyer vos vœux dessinés par mail

Edito du n° 16 (1° trim. 2008) Les envois de vœux de début d’année nouvelle ne cessent de croître. Mais l’arrivée d’Internet a dopé le genre, hélas en facilitant l’envoi et son coût. Hélas, parce que bien moins de personnes,...

Arrêtez d’envoyer vos vœux dessinés par mail

Edito du n° 16 (1° trim. 2008)
Les envois de vœux de début d’année nouvelle ne cessent de croître. Mais l’arrivée d’Internet a dopé le genre, hélas en facilitant l’envoi et son coût. Hélas, parce que bien moins de personnes, notamment parmi les dessinateurs ou les utilisateurs du dessin, envoient encore leurs vœux par courrier. La plupart de ceux que nous recevons arrive par mail. Bien sûr on peut les imprimer pour les conserver, mais ce n’est pas pareil, le destin de ces vœux est de disparaître aussitôt émis. Tristesse !
Alors que jusque là les envois postaux permettaient de les conserver, les afficher, les collectionner. Certains étaient de vrais chefs d’œuvre et nombre de dessinateurs et plasticiens envoyaient même des originaux, voire des semi-originaux (chaque exemplaire imprimé étant personnalisé). Impossible désormais.
Alors nous lançons un vigoureux appel : amis qui utilisaient du dessin pour vos vœux, auteurs ou non, s’il vous plaît, arrêtez ces envois par internet ! Songez aux collectionneurs et amoureux du papier ! Préservez ce patrimoine populaire ! Nous voulons vos vœux sur papier, afin de les garder en vue de notre Centre International de l’Imagerie Populaire, du Dessin Imprimé et du Patrimoine sur Papier. Pour vous, ce sera une première contribution à ce projet ambitieux dont, comme dit l’autre,  » le besoin se fait généralement sentir ». Merci.
Edito du n° 16 (1° trim. 2008)

Experts ?

Edito du n° 13 (2° trim. 2007)
On est parfois surpris dans les ventes d’art populaire par la méconnaissance de certains experts. Et des commissaires-priseurs. Cela se sent souvent à la lecture des catalogues, mais aussi pendant la vente lors de la présentation des œuvres. Tant d’artistes dont l’expert ne connaît pas le nom, l’orthographie mal, inverse nom et prénom ou auteur et héros, prend une signature pour un patronyme, ne distingue pas un faux (ou le cautionne ?), ne peut signaler ses dates de naissance ni de mort qui pourtant figurent dans tous les usuels, ne connaissent pas l’origine des œuvres, attribuent une BD de série à son auteur le plus connu même si c’est un assistant ou repreneur, etc. Dans la même vente récente on a vendu des BD de dessinateurs nommés Tufts Warren [Warren Tufts] ou Rmas [Roger Mas]. Les œuvres, puisque non identifiées, y sont rebaptisées en dépit du bon sens. Verrons-nous bientôt « jeune homme en culotte de golf à la coiffure en houpette » pour désigner Tintin ?
Cela laisse une désagréable impression d’amateurisme, qui ne serait pas admis pour les œuvres plus « nobles » dans l’histoire de l’art. L’art populaire semble si peu important à leurs yeux qu’on se demande pourquoi ils en vendent. Lors d’une vente de dessins de presse du XIX° siècle, le commissaire a insisté souvent sur le côté « mineur » de ces œuvres, en réalité majeures pour certains artistes. Par ailleurs, les expressions admises par tous aujourd’hui ne semblaient pas être connues de lui et il s’est obstiné à vendre des « planches de vignettes à trame narrative » (!) et non des « bandes dessinées », comme des dessins séparés des autres sur une même feuille.
Il y a pire, comme l’a constaté un d’entre nous lors d’une vente récente de dessins de presse du XIX° et début XX°. Les commissaires-priseurs étaient connus, les experts étaient experts, la salle légendaire. Récit.
La veille, un lot a attiré notre attention. Anonyme, il est attribué, selon une tradition stupide, « école moderne ». Il date vraisemblablement de 1931, la coupure jointe du Journal des mutilés et combattants où il est paru en faisant foi. Le dessin et la coupure avaient été placés sous vitrine. Des poilus, en rangs plus ou moins serrés, le fusil à la bretelle, marchent sur un chemin enneigé. Un chien les accompagne. Ils s’en vont relever leurs camarades un jour de Noël. Nous sommes en rase campagne. La pente dévale légèrement. Le paysage vallonné est aussi nu que blanc. Une ferme fume en contrebas. On sent le froid qui transperce les capotes. Ils sont seuls sous le firmament, mais font corps. L’un retient notre attention. En retrait de ses compagnons, il prend appui sur une béquille pour suivre le train, non sans peine. Il fume la pipe.
On aime ce dessin, cette coulée humaine sombre, harnachée, casquée, sur ce manteau blanc. On souhaite l’acquérir. On l’observe attentivement. Et là, l’incroyable saute aux yeux : l’encre (de Chine) sèche encore sous la vitrine, comme un petit crime, encore chaud, opéré dans le dos de ces soldats sur papier. On convoque un représentant de l’étude afin de lui mettre le nez dessus et recevoir des explications. L’homme, un brin hautain, mais gêné aux entournures, ne s’attarde guère et retourne à sa table. Le déranger pour si peu, vous n’y pensez pas ! Nous décidons au retour, afin de marquer le coup, d’adresser un courriel à l’attention de l’expert responsable du lot avec copie à sa consœur. Nous attendons toujours une réponse…
On le voit, la libéralisation de cette profession n’a pas accru sa déontologie…
Edito du n° 13 (2° trim. 2007)

Les gravures ont des auteurs !

Editorial du n° 12 de Papiers-Nickelés (1 trimestre 2007)
Il existe une pratique très répandue dans la presse, voire l’édition — pour ne pas parler de l’audiovisuel. On y utilise souvent des gravures anciennes pour illustrer tel ou tel propos, ce qui, en soi, est une bonne idée. L’ennui est que ses auteurs (auteur unique ou tandem dessinateur/graveur) ne sont jamais mentionnés.
On pourrait comprendre quand cette gravure n’est pas signée, mais elle l’est pratiquement toujours. Un ou deux noms figurent parfaitement, souvent très lisibles, sur le document utilisé, en général non pas la gravure elle-même mais une reproduction fournie par une officine de clichés.
Cela pose un premier problème : si ces signatures ne sont pas vues par les utilisateurs, c’est qu’elle ne sont pas lues. Parce que la gravure est alors utilisée comme décor non comme œuvre ; elle fait joli, c’est tout. Cela pose un second problème qui tient au mépris généralisé pour les créateurs d’images de la part des médias, grands et petits.
Mais cela pose aussi un troisième problème car, la plupart du temps, un crédit figure en bordure de la reproduction. Il y a le « Domaine Réservé », le fameux « D.R. », qui met de côté les droits en cas de réclamation d’un ayant-droit. Mais plus souvent il y a bien un copyright exprimé clairement : celui de l’officine fournisseuse du cliché. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle ne signe pas l’œuvre reproduite, mais bel et bien le cliché, donc la reproduction initiale, de celle-ci. C’est un peu comme si dans une exposition de peinture ne figurait que le nom de l’encadreur, pas celui du peintre (il existe un magnifique dessin de Sempé sur le sujet). On peut donc se poser la question du rôle exact du graveur dans cette affaire : son œuvre rapporte au journal, au clicheur, mais rien à l’artiste, pas même la reconnaissance de son travail.
Illustrons ces propos d’un exemple probant, découpé dans le Nouvel Observateur du 3 mars 2005, dans un article consacré à l’esclavage des Noirs. La gravure en question est datée (1834), elle est créditée au nom du vendeur du cliché (la célèbre collection Jonas-Kharbine-Tapabor), elle est légendée… comme « gravure anonyme ». Cela ne manque pas de sel car la gravure n’a rien d’anonyme;  elle parfaitement signée, par son dessinateur Y. Ollier (la mention « inv. » pour « inventor » indique l’auteur du dessin d’origine) et par son graveur V. Duplat (la mention « sc. » indiquant le « sculptor », celui qui grave effectivement le dessin d’origine dans la plaque de cuivre ou le bois). Comment peut-on les ignorer ? Il n’y a au Nouvel Obs’ personne qui sache lire une image ? Ni le rédacteur de l’article, ni le maquettiste, ni le directeur artistique, ni le rédacteur en chef, ni le secrétaire de rédaction ? Ce n’est qu’un exemple parmi mille, dans tous les supports, et cette pratique que nul ne dénonce est devenue la règle.
Les sociétés chargées de la protection des droits matériels des artistes sont aussi garantes de leur droit moral qui ne s’éteint jamais, même comme ici pour des artistes tombés dans le domaine public. Jamais elles ne sont intervenues en ce domaine, alors qu’elles savent parfaitement s’abattre comme les plaies d’Egypte sur les malheureuses revues de critique ou de patrimoine, voire les fanzines, dès lors qu’une reproduction sans autorisation a été faite. Nous en avons parlé dans notre édito du n° 4, à propos du retour au système du « droit de citation graphique » que nous appelions de nos vœux. Nous ne désespérons pas de parvenir à un retour au système antérieur, où un tel droit était admis par la jurisprudence. Ce droit de citation qui était parfaitement défini, a été balayé sous la pression de ces sociétés, fort utiles par ailleurs, mais parfois inégalement efficaces à protéger réellement droits des créateurs. Comme dans le cas de ces gravures « anonymes » qui ont pourtant des auteurs.

Pour un droit de citation graphique

Éditoriaux des n° 4 et 17
Nous avions prévu de mettre en couverture de notre précédent numéro le dessin figurant en page 15, un inédit en couleur de Félix Lorioux que notre collaborateur Benoit Marchon avait déniché, dédicace à une amie du dessinateur. A part elle et Marchon, nul ne connaissait ce dessin. Superbe couverture choisie par nous pour attirer l’attention sur un des grands oubliés de l’illustration, jamais réédité, jamais commenté, mais très recherché par une poignée de fidèles.
Depuis sa mort en 1964, qui s’est jamais préoccupé de Lorioux ? Ses héritiers nous sont inconnus. Ils ont confié la gestion de l’œuvre à une société d’auteurs plasticiens, l’A.D.A.G.P. Respectueux du droit des créateurs, nous nous sommes empressés de prendre contact pour vérifier qu’il n’y avait pas de problèmes de reproduction. Il n’y en avait pas. Il suffisait de… payer, pour la seule couverture, une somme équivalente au tiers du coût du journal. Après négociation, nous sommes revenus à une somme raisonnable, avec interdiction d’utiliser en couverture ce dessin (inconnu jusqu’ici de l’A.D.A.G.P.) Nous avons changé de couverture et passé le dessin à l’intérieur.
Tous nos collaborateurs (y compris Anne Delobel notre talentueuse maquettiste) sont bénévoles. La revue est financée par ses abonnés, ses achats au numéro, l’aide du Centre National du Livre (merci encore), des publicités spécialisées et les adhésions à l’association. Il est exclu pour une revue précaire de payer des droits de reproduction. Quelques dessinateurs vivants l’ont bien compris, qui nous ont offert gratuitement des contributions et des couvertures (merci à Gourmelin pour ce numéro), sachant que notre revue n’est pas une entreprise commerciale et fait connaître ou redécouvrir des artistes oubliés ou peu connus. Depuis 40 ans qu’il n’est plus de ce monde, nul ne parle plus jamais de Lorioux, ni de Somm, ni de Avelot, ni de Thomen, ni de tous les autres, si ce n’est quelques revues confidentielles qui entretiennent la flamme. Reproduire un artiste oublié en couverture ne fait pas « vendre », au contraire. Nous sommes d’intérêt public et c’est d’abord aux créateurs que ces revues rendent service. Faudra-t-il dresser la liste des dessinateurs dont nous ne pourrons parler dans Papiers Nickelés, faute de moyens ?
En effet, la jurisprudence a évolué. Autrefois une extension du « droit de citation » existant en littérature était admise. On pouvait citer une (ou quelques cases) d’une B.D. sans être astreint à une demande d’autorisation et une rémunération des ayants-droit. Il fallait naturellement bien indiquer auteurs, titres, éditeurs, etc. Ce n’est plus possible aujourd’hui et la règle est que pour toute reproduction de dessin, même une simple case de B.D., vous devez disposer d’une autorisation écrite de chaque auteur, de l’éditeur et tous ceux pouvant prétendre à un droit sur le dessin, et les rémunérer au tarif prévu. L’autorisation est obligatoire même si vous obtenez une utilisation gratuite. Il n’y a plus de droit de citation en matière de dessin ou de musique. Bien des ouvrages sortis il y a 20 ans seraient simplement impubliables aujourd’hui.
Les revues et fanzines ayant le souci, comme nous, de faire les choses légalement devraient consacrer un temps considérable (et des permanents) à simplement chercher les personnes, les coordonnées, obtenir une réponse. Beaucoup d’auteurs ne sont pas représentés par l’A.D.A.G.P. ou la S.A.I.F, sociétés concernées — qui n’ont pas le droit de fournir la liste de leurs auteurs. Cela veut dire clairement que les petites revues et les fanzines ne peuvent plus travailler. Si ce travail se fait encore aujourd’hui, c’est dû au fait que les dessinateurs eux-mêmes ignorent cette législation ou qu’ils laissent faire.
Laxisme dangereux. Pensant avoir le droit de reproduire librement, les revues peuvent subir un procès coûteux d’un auteur grincheux, un héritier avide ou une société indifférente à la qualité du travail critique. Une de nos meilleures revues a failli l’an dernier disparaître à cause de cela, alors qu’elle reproduisait librement, sous forme de « citations », depuis 20 ans.
Comme le montrent diverses affaires récentes autour de Hergé, un ayant-droit peut décider d’accepter d’ »aider » un travail critique par son autorisation tout en refusant cette aide à un autre. Choisir qui peut parler d’une œuvre ou non. C’est une évolution extrêmement grave qui peut tuer toute critique et tout travail patrimonial. La TV a connu, avant le dessin, cette évolution : aujourd’hui, il n’y a plus d’émission critique, que des plateaux de « promotion ». Dans le dessin, de nombreux « articles » ne font déjà que reproduire le « prière d’insérer » concocté par les attachées de presse, illustré par la couverture du livre avec cliché fourni. L’éditeur contrôle ainsi tout ce qui s’écrit à propos d’un ouvrage, le « critique » a disparu. Au contraire, à Papiers Nickelés nous parlons vraiment des œuvres, y compris celles qui ne sont pas d’actualité.
Cette évolution jurisprudencielle s’est faite insidieusement, sous influence anglo-saxonne et des nouvelles pratiques d’ayants-droit. Alors que les titres sur Hergé se multiplient, on regardera avec intérêt la différence entre les livres critiques de son œuvre (ou qui attirent l’attention sur des points non orthodoxes) et ceux plus « dans la ligne » souhaitée par les ayants-droit. Les premiers n’ont pas été autorisés à reproduire des images (et se vendront mal), les autres si. Oui, ce contrôle de la critique et de la recherche par les ayants-droit est grave. Dans la littérature ou le cinéma, beaucoup d’ayants-droit ont tenté d’imposer leur vision d’une œuvre familiale : la sœur de Rimbaud et son mari voulurent en faire un catholique ; la veuve de Jules Renard brûla des pages de son Journal où il se révélait cavaleur ; l’époux d’une comédienne racheta toutes les copies d’un film où elle se dénudait pour le détruire ; etc. Cette tentation d’imposer à jamais sa vision de l’œuvre d’un proche est fréquente, c’est pourquoi il faut recommander aux créateurs de ne pas laisser gérer leur œuvre par ceux qui en tirent profit financier ou y ont un intérêt familial.
La critique, la recherche doivent être libres. Chacun doit pouvoir écrire ce qui lui plaît d’une œuvre. A l’Histoire, au public, aux amoureux de cette œuvre d’accepter ou non telle ou telle théorie, même farfelue. Chacun doit aussi pouvoir répondre à cette théorie, librement. C’est la une double liberté fondamentale.
C’est pourquoi les sociétés d’auteurs, notamment ceux décédés depuis longtemps et qui ne sont plus là pour dire ce qu’ils pensent, devraient adopter une charte (nous sommes prêts à l’écrire avec elles) autorisant la citation en matière graphique, aux mêmes conditions que les citations littéraires (œuvre courte, divulguée, mention de la source, sans atteinte au droit moral, et être « justifiée par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elle est incorporée »). Les dessinateurs pourraient l’adopter, afin que les choses soient claires.
C’est à ce prix que le dessin imprimé pourra entrer définitivement dans la catégorie des moyens d’expression adultes. Nous appelons donc à la rédaction d’une telle charte et réclamons le retour d’un droit de citation graphique afin de sauver la critique, l’histoire et la recherche en matière de dessin imprimé sur papier.
La rédaction de Papiers Nickelés
Éditorial du n° 4

Droit de citation :retour à la raison ?
Papiers Nickelés s’était ému dans son éditorial du n° 4 sur l’évolution jurisprudentielle concernant le droit de citation. En effet, celui-ci avait brutalement réduit par la cour de cassation aux citations exclusivement littéraires et l’interdisant dans les autres domaines, notamment graphique. Impossible, en théorie de citer la moindre image, même une simple case de BD, sans autorisation des ayants droit (auteurs, éditeurs, héritiers, agences) ni payer les droits afférents. D’où des dérives, que nous avions dénoncées, à contre-pied de la tendance générale de la profession.
Ce fut un désastre pour les fanzines, la recherche, la critique. Les rubriques consacrées au dessin se raréfiaient et si les rédactions devaient de surcroît payer des droits, elles préféraient arrêter carrément d’en parler. Les éditeurs fournissaient en échange aux journalistes, avec les dossiers de presse, des images « libres de droit » (autrement dit à passer obligatoirement, mais pas les autres), la couverture en général, imposant ainsi une vision de l’œuvre à la place du chroniqueur. La critique s’estompa au profit du calamiteux « compte-rendu d’albums » (destiné uniquement à assurer des services de presse au chroniqueur transformé en publicitaire). Certains ayants droit exercèrent alors une véritable dictature sur les ouvrages, empêchant certaines parutions (par exemple en refusant toute reproduction d’images), au profit d’autres plus complaisantes avec la vision qu’ils voulaient imposer de certains auteurs. Des sociétés d’auteurs se transformaient en pur tiroirs-caisse, ne se préoccupant ni de l’intérêt de l’œuvre ni de celle de l’auteur, pour s’en tenir à une compatibilité strictement financière, indifférentes au contenu qui leur avait été confié (nous en avons été victimes). Au point que nous avons tous, comme nos confrères, une liste d’artistes dont nous ne pouvons pas parler, car les ennuis afférents sont automatiques (les auteurs anglo-saxons notamment).
C’est donc avec beaucoup d’attention que nous avons accueilli la récente (12 octobre 2007) décision de la cour d’appel de Paris dans une affaire concernant la photographie. Newlook avait publié des photos en illustration d’un article, et Entrevue en avait repiqué une en petit et en mentionnant l’origine. Procès pour contrefaçon. Entrevue a revendiqué la « citation ». La cour d’appel avait jugé en février 2005 « la reproduction d’une photographie sous forme de vignette avec un champ de vision plus large, accompagnant d’autres photographies (…), peut être qualifiée de courte citation puisqu’elle sert à illustrer en s’y incorporant un texte critique et polémique ». Décision cassée par la cour de cassation en novembre 2006 qui estimait, elle que « la reproduction intégrale d’une œuvre de l’esprit, quel que soit son format, ne peut s’analyser comme une courte citation ». Affaire renvoyée donc à la cour d’appel de Paris, qui a tenu bon sur sa position première.
Surtout, elle se réfère à la directive européenne du 22 mai 2001, désormais applicable en France bien que non encore transposée, qui prévoit, comme autrefois notre droit, une exception « lorsqu’il s’agit de l’utilisation d’œuvres ou d’autres objets protégés afin de rendre compte d’événements d’actualité, dans la mesure justifiée par le but d’information poursuivi et sous réserve d’indiquer, à moins que cela ne s’avère impossible, la source, y compris le nom de l’auteur ». La cour ajoute « rien ne permet d’exclure les œuvres graphiques du champ de l’article (…) et de reconnaître à la reproduction de l’œuvre, fut-elle intégrale, la qualité de courte citation dés lors qu’elle répond à un but d’information ».
C’est le retour à la règle ancienne, qui a donné si longtemps satisfaction à tout le monde, qui réservait ce droit de citation aux travaux sur une œuvre ou un auteur (actualité, recherche, histoire, patrimoine), à condition de mentionner le nom des auteurs, de l’éditeur, de l’ayant droit, ou le célèbre « D.R. » quand on l’ignorait. C’est très exactement ce que Papiers Nickelés revendiquait. Et désormais appliquera.
Édito du n° 17 (2° trim. 2008)

Plaidoyer pour la « Petite Imagerie »

Édito n° 3 de Papiers-Nickelés (troisième trimestre 2004)
La plupart du temps, ces œuvres ne sont pas déposées à la B.N.F (pas même au Cabinet des Estampes). Pire, souvent elles ne sont ni lues ni même regardées. Elles passent pourtant entre toutes les mains, reproduites à un nombre d’exemplaires dont bien des artistes de l’image rêvent. Entre nous, nous avons pris l’habitude, faute de mieux, d’appeler cela la « petite imagerie », le mot « petite » n’étant pas dans notre bouche péjoratif mais bien affectif. Certains d’entre nous les collectionnent, à commencer par notre président, qui en a des mètres cubes. Bientôt nous les exposerons.Œuvres de grands artistes ou d’inconnus, confiées au petit voisin doué ou au grouillot d’imprimerie, au maquettiste ou à l’élève des Beaux-Arts du coin, la plupart ne sont pas signées. Naïves ou étonnantes, ratées ou racoleuses, elles sont simplement des œuvres dessinées, imprimées sur papier. A Papiers Nickelés, nous refusons toute hiérarchie imposée. Ou plutôt, chacun a la sienne, contradictoire avec celle du voisin. C’est seulement ainsi que peuvent progresser la recherche et le savoir, mais aussi le plaisir.
Bénis soient les collectionneurs, parfois au bord de la folie furieuse, mais qui ont conservé ce que nul n’a conservé parmi les chargés du savoir, de la culture et du patrimoine. Grâce à ces amateurs sans diplôme, elles restent accessibles. Car ces œuvres qu’on dit « mineures » (depuis trop de temps pour qu’elles ne soient désormais devenues majeures comme les autres), en disent autant sur une époque, une société, une idéologie dominante, que les œuvres dites « majeures », dites « d’art » (ce mot affreux quand il est employé pour exclure de l’art ce qui n’est pas « reconnu » — et qui a exclu si longtemps des pans entier de notre culture).
Aussi, nous les collectons, nous les conservons, nous les archivons, nous les défendons. Dans notre revue, nous les traiterons comme des albums de B.D. ou de dessin d’humour, comme les affiches ou les gravures, normalement, quoi. D’ailleurs, déjà, Jacques Bisceglia vous a parlé d’images de chewing-gums, Laurent Mélikian de buvards ou de partitions de musique. Vos articles sont bienvenus. Ce n’est qu’un début, continuons le combat.
Y.F.

A titre d’exemple, un premier classement répertoire de cette « petite imagerie » ci-dessous. Chacun est invité à le compléter.
Imagerie alimentaire– emballages, boîtes en carton & sachets

* boulangerie, pâtisserie & confiserie

* fruits & légumes

* beurre-œufs-fromage

* boucherie & charcuterie

* alimentation diverse
– étiquettes

* boulangerie, pâtisserie & confiserie

* fruits & légumes

* beurre-œufs-fromage

* bouteilles, canettes & flacons

* caisses & barquettes

* alimentation diverse
– blagues de papillottes & bonbons– images à collectionner et leurs albums (chocolat, biscuits, chewing-gums, etc.)
Imagerie hôtelière– menus– additions et notes– nappes & serviettes– sous-bocks– panonceaux hôteliers (« do not disturb », lustre-chaussures)– sachets hygiéniques & papiers toilette
Imagerie postale– calendriers– cartes de visite– papiers à en-tête– faire-part– cartes de vœux– cartes postales– enveloppes– timbres– flammes– mail art
Imagerie administrative & institutionnelle– affiches, affichettes & avis– bons– cartes de membre– diplômes & certificats– formulaires– laisser-passer– tampons
Imagerie scolaire– bons-points & images– protège-cahiers– bulletins scolaires– buvards– diplômes scolaires & universitaires
Imagerie militaire– diplômes & certificats militaires– formulaires– tampons– affichettes, avis & instructions– cartons « bon pour le service »– armoiries & blasons
Imagerie religieuse– images & affichettes pieuses– images de communion & de missel, canivets– bons-points de catéchisme– ex-voto papier ou carton
Imagerie sportive– affiches– cartes de membre– cartons d’invitation– tickets d’entrée
Imagerie bancaire & financière– billets & assignats– cartes de retrait– chèques– actions– factures
Imagerie foraine & ludique– chromos– cartes à jouer– puzzles– images de jeux à collectionner– cibles– cartons-gags– silhouettes à découper
Imagerie culturelle– littéraire

* affiches & affichettes

* ex-libris

* marque-page

* étiquettes d’éditeurs et journaux

* cartons d’invitation

* autocollants
– spectacle & événements

* affiches & affichettes

* cartons d’invitation

* programmes

* billets & tickets

* cartes d’adhérent ou de fidélité
– expositions

* affiches & affichettes

* cartons d’invitation

* billets & tickets

* cartes de fidélité
Imagerie politique & de propagande– cartes de membre– autocollants– affiches & affichettes– tracts– dépliants– bulletins de vote– formulaires– insignes en carton– tampons
Imagerie pharmaceutique & hygiénique– sachets et emballages pharmaceutiques– étiquettes pharmaceutiques– sachets hygiéniques et papiers-toilette– mouchoirs en papier
Imagerie tabagique– papiers à cigarette– paquets de cigarettes & cigares– bagues de cigares– étiquettes de boîtes et sachets d’allumettes
Imagerie publicitaire & industrielle– affiches & affichettes– publicités, tracts (flyers) & dépliants– autocollants– bons de réduction– cartes de fidélité– cartes publicitaires– logos
Imagerie diverse– papiers peints– éventails
Liste publiée avec l’édito dans notre n° 3 et actualisée.

Les deux amateurs d’estampes – Honoré Daumier

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